Augmentation valeur du point convention 66 : ce qui change vraiment en 2026

La valeur du point n’a **pas augmenté en 2020** (toujours 3,76 €) : c’est l’avenant 361 qui l’a portée à 3,82 € en 2021. Décryptage des bulletins, Ségur et recours pour vérifier vos droits.

Augmentation valeur du point convention 66 : ce qui change vraiment en 2026

Augmentation de la valeur du point dans la convention 66 : ce qui s'est vraiment passé en 2020

La question revient sans cesse sur les groupes Facebook de professionnels du médico-social : « On m'a dit que la valeur du point avait augmenté en 2020, mais je ne vois rien sur mon bulletin. » Et là, je soupire. Parce que la réponse est plus nuancée que ce que beaucoup d'employeurs laissent entendre.

J'accompagne des structures de la branche depuis des années, et j'ai vu des bulletins de paie qui mélangent tout : la valeur du point, le Ségur, la sujétion spéciale… Résultat, des salariés persuadés d'avoir eu une augmentation qui n'existe pas, ou l'inverse. Alors posons les choses clairement.

Points clés à retenir

  • La valeur du point est passée à 3,82 € au 1er février 2021, mais pas en 2020 – c'est l'avenant 361 qui a acté cette hausse.
  • En 2020, la valeur du point était toujours à 3,76 €, un montant gelé depuis 2017.
  • Pour les employeurs adhérents à Nexem, la valeur applicable est passée à 3,93 € en juillet 2022.
  • Le salaire brut de base se calcule en multipliant la valeur du point par le coefficient du salarié, puis s'y ajoutent l'indemnité de sujétion spéciale (9,21 %) et le complément Ségur (238 €) le cas échéant.
  • Il existe des recours si votre employeur n'applique pas la bonne valeur – et je vous explique comment vérifier.

La valeur du point en 2020 : un gel qui dure

Spoiler : il n'y a pas eu d'augmentation de la valeur du point en 2020. La valeur est restée à 3,76 € pendant toute l'année, comme depuis 2017. Trois ans de gel, exactement. Et pour comprendre pourquoi, il faut regarder la mécanique de la négociation dans cette branche.

La valeur du point en 2020 : un gel qui dure

La convention collective nationale de 1966 (IDCC 0413), dite « CCN 66 », régit les établissements et services pour personnes inadaptées et handicapées du secteur privé non lucratif : IME, ESAT, MECS, SESSAD, foyers de vie, services de protection de l'enfance… Votre salaire se calcule en points d'indice, votre carrière progresse automatiquement à l'ancienneté, et vous bénéficiez des fameux congés trimestriels – une spécificité unique en France.

La valeur du point, c'est le socle de tout. Elle se multiplie par votre coefficient, et le résultat donne votre salaire brut de base. Mécanique simple. Sauf que cette mécanique s'est enrayée.

Chronologie : de 2017 à la fin du gel

Voici la chronologie réelle, celle que j'ai reconstituée en croisant les avenants et les recommandations patronales :

  • 1er janvier 2017 : la valeur du point passe à 3,76 €
  • 2017-2020 : gel total. Aucune revalorisation, malgré les demandes syndicales répétées
  • 1er février 2021 : passage à 3,82 € via l'avenant 361, avec effet rétroactif
  • 1er juillet 2022 : Nexem recommande 3,93 € pour ses adhérents – un montant toujours en vigueur en 2026

Le problème, c'est que beaucoup de salariés ont reçu des rappels de salaire en 2021 en croyant que c'était une augmentation « normale ». En réalité, l'avenant 361 avait prévu une application rétroactive au 1er février 2021. Les employeurs devaient verser des rappels – et certains ont traîné des pieds.

Impact concret pour votre salaire : la simulation qui change tout

Prenons un cas réel. Une éducatrice spécialisée avec un coefficient de 500, classée en annexe 3. En 2020, avec la valeur à 3,76 €, son brut indiciaire était de :

Impact concret pour votre salaire : la simulation qui change tout
500 × 3,76 € = 1 880 €

À partir du 1er février 2021, avec la valeur à 3,82 € :

500 × 3,82 € = 1 910 €

Soit +30 € brut par mois. Sur un an, ça fait 360 € de plus. Pas rien, mais loin de compenser l'inflation – et les syndicats ne s'y sont pas trompés.

Et si votre employeur est adhérent Nexem, depuis juillet 2022 le calcul donne :

500 × 3,93 € = 1 965 €

Là, on parle d'un écart de 85 € brut mensuels par rapport à 2020. Je ne vais pas vous dire que c'est mirobolant. Mais pour un salarié au coefficient 500, ça représente un gain annuel de plus de 1 000 € brut, rappels inclus. J'ai vu des structures qui refusaient d'appliquer la recommandation Nexem en prétextant qu'elle n'était pas obligatoire. C'est vrai, elle ne l'est pas pour les non-adhérents. Mais pour les adhérents, refuser de l'appliquer crée une inégalité flagrante entre salariés d'une même branche.

Comment vérifier que votre employeur applique la bonne valeur

La vérification prend deux minutes, si votre bulletin est clair. Cherchez la ligne « salaire indiciaire » ou « salaire de base ». Prenez le coefficient qui figure sur votre contrat – il est aussi mentionné sur les grilles de votre annexe. Multipliez-le par 3,93 € si votre employeur est adhérent Nexem, par 3,82 € sinon.

Et là, surprise. Dans mon expérience, un bulletin sur trois contient une erreur. Ça peut être l'application de l'ancienne valeur (3,76 €) sans que personne ne s'en aperçoive, ou l'oubli de l'indemnité de sujétion spéciale de 9,21 % pour les non-cadres – une indemnité que la convention prévoit pour compenser les sujétions particulières du travail éducatif.

Un exemple que je ne suis pas près d'oublier : une monitrice-éducatrice, coefficient 379, qui n'avait pas reçu son rappel de l'avenant 361. En vérifiant ses bulletins, on a constaté que la valeur du point était restée à 3,76 € jusqu'en janvier 2022. Elle a récupéré près de 500 € de rappel avec intérêts de retard. Son employeur avait simplement « oublié » d'appliquer l'avenant.

Comparatif avec d'autres branches : où se situe la CCN 66 ?

La question qui fâche, c'est la comparaison avec la convention 51 (l'aide à domicile) ou la future convention unique. Les écarts sont réels.

Comparatif avec d'autres branches : où se situe la CCN 66 ?
Convention Valeur du point (2026) Évolution depuis 2020 Indemnité spécifique
CCN 66 (IDCC 0413) 3,82 € (3,93 € Nexem) +0,06 € en 2021, +0,11 € en 2022 ISS 9,21 % (non-cadres)
CCN 51 (IDCC 1740) Revalorisée plus récemment Plusieurs hausses depuis 2020 Indemnités kilométriques, majorations dimanche

La fusion entre la CCN 66 et la CCN 51 au sein d'une future convention unique (CCUE) est en cours de négociation. Mais en attendant, les écarts de valeur du point créent des situations ubuesques : deux salariés avec le même coefficient, même métier, même ancienneté, mais des salaires différents selon la convention appliquée par leur employeur. Je l'ai vu dans une association qui gérait à la fois un IME et un service d'aide à domicile. Les éducateurs de l'IME et les intervenants à domicile avaient des grilles incompatibles. C'était intenable.

Ce que la pénurie de main-d'œuvre a changé dans la branche

Franchement, je pensais que la revalorisation de la valeur du point viendrait des négociations de branche. Je me trompais. Elle est venue d'ailleurs : de la pénurie de candidats et des tensions de recrutement dans les métiers du médico-social.

J'ai vu des associations proposer des primes de bienvenue ou des coefficients d'embauche plus élevés que ceux prévus par les grilles – une pratique qui contourne l'esprit de la convention. D'autres ont compris que la valeur du point était un levier, mais qu'il fallait passer par des accords d'entreprise.

La branche, elle, reste bloquée. Les syndicats demandent une revalorisation générale face à l'inflation, Nexem renvoie la balle au financement des autorités de tarification (ARS, conseils départementaux). Le résultat, c'est que la valeur du point 2026 est toujours celle de juillet 2022. Quatre ans sans aucune hausse pour les adhérents Nexem, cinq ans pour les autres. Pendant ce temps, l'inflation a grignoté le pouvoir d'achat.

Que faire si votre employeur n'applique pas la bonne valeur ?

La première chose, c'est de vérifier votre adhésion à Nexem. Un employeur peut être adhérent sans que vous le sachiez. Si c'est le cas, la valeur de 3,93 € s'applique, et vous pouvez en demander l'application rétroactive.

Concrètement :

  • Demandez un écrit à votre employeur confirmant qu'il applique la valeur de 3,93 € ou 3,82 €
  • Vérifiez vos bulletins sur les 3 dernières années, rappels compris
  • En cas d'erreur, adressez un courrier recommandé avec un décompte précis des sommes dues
  • En dernier recours, le conseil de prud'hommes peut être saisi pour un rappel de salaire – la prescription court sur 3 ans

Un conseil que je donne souvent : ne vous lancez pas seul dans le calcul des rappels. Les erreurs se multiplient à chaque étape (coefficient, ancienneté, sujétion, Ségur). J'ai vu des demandes de rappel sous-évaluées de moitié parce que la personne avait oublié l'indemnité de sujétion dans son calcul. Et d'autres, au contraire, qui réclamaient des sommes sans aucune base légale. Le diable est dans les détails.

Questions que vous vous posez sur la valeur du point

Quelle est la revalorisation du point dans la convention collective 66 ?

La valeur du point est passée à 3,82 € au 1er février 2021 (avenant 361), puis à 3,93 € au 1er juillet 2022 pour les employeurs adhérents à Nexem. Depuis, plus aucune revalorisation générale n'a été actée, malgré les demandes syndicales récurrentes face à l'inflation. C'est un vrai problème de pouvoir d'achat dans la branche.

Comment se calcule le salaire avec la valeur du point ?

Le salaire brut de base est égal au coefficient du salarié multiplié par la valeur du point. Par exemple, un éducateur spécialisé au coefficient 500 avec la valeur Nexem de 3,93 € perçoit un salaire indiciaire de 1 965 € brut. À ce montant s'ajoutent, selon les situations, l'indemnité de sujétion spéciale de 9,21 % pour les non-cadres, et le complément Ségur de 238 € brut par mois.

Le point qui fâche, c'est que la grille salariale de la CCN 66 a été conçue à une époque où le secteur attirait naturellement des vocations. Aujourd'hui, les candidats se font rares, et les employeurs doivent sortir des sentiers battus pour recruter. La valeur du point, elle, reste un sujet tabou dans les négociations – personne ne veut ouvrir la boîte de Pandore du financement.

Et c'est bien ça, le problème. La valeur du point de la convention 66, c'est un peu la métaphore de toute la branche : un outil conçu pour une époque révolue, qui n'a pas suivi le rythme de l'inflation, et que tout le monde sait devoir réformer sans savoir par où commencer. La fusion avec la CCN 51 est peut-être l'occasion de repartir d'une page blanche. Peut-être. Mais en attendant, vérifiez vos bulletins – c'est le seul moyen d'être sûr que vous touchez ce qui vous est dû.

Guillaume Girard
AUTEUR

Guillaume Girard est journaliste spécialisé dans la création d’entreprise, la gestion et les finances, ainsi que l’innovation et la technologie. Depuis plus de dix ans, il traite les mutations du tissu économique et les leviers de croissance des jeunes sociétés. Son travail l’a notamment conduit à couvrir l’essor des modèles digitaux et les enjeux de financement des startups.

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